
Pourquoi parle-t-on autant des pixels de suivi dans les courriels ?
Les outils d’envoi de newsletters et de campagnes de communication intègrent souvent des fonctionnalités permettant de savoir si un courriel a été ouvert, à quel moment et parfois depuis quel appareil. Ces mécanismes, appelés « pixels de suivi », sont aujourd’hui largement utilisés pour mesurer l’efficacité des communications.
Toutefois, parce qu’ils permettent de collecter des informations sur le comportement des destinataires, leur utilisation soulève des questions importantes en matière de protection des données personnelles. C’est pourquoi la CNIL a publié en avril 2026 une recommandation spécifique visant à encadrer leur usage et à rappeler les obligations des organismes qui y ont recours.
Pour les collectivités territoriales, l’enjeu est de trouver un équilibre entre le besoin d’évaluer l’efficacité de leurs actions de communication et le respect de la vie privée des administrés, des partenaires et des agents.

1.Qu’est-ce qu’un pixel de suivi ?
Un pixel de suivi (ou « pixel espion ») est une image invisible, généralement de 1 × 1 pixel, inséré dans un courriel.
Lorsque le destinataire ouvre le message, son logiciel de messagerie télécharge cette image depuis un serveur. Cette action permet de collecter certaines informations techniques, telles que :
- la date et l’heure d’ouverture du courriel ;
- le nombre d’ouvertures ;
- le type d’appareil ou de logiciel utilisé ;
- l’adresse IP ;
- une localisation approximative ;
- un identifiant associé au destinataire.
Ces informations peuvent permettre de mesurer l’audience d’une campagne de communication ou, dans certains cas, de suivre le comportement individuel des destinataires.

2.Pourquoi les services communication utilisent-ils ces outils ?
Les pixels de suivi permettent notamment :
- de mesurer le taux d’ouverture d’une newsletter ;
- d’évaluer l’intérêt suscité par une campagne ;
- d’identifier les contenus les plus consultés ;
- de suivre l’engagement des destinataires ;
- de produire des indicateurs statistiques.
Ces données peuvent aider à améliorer la qualité des communications et à mieux comprendre les attentes du public.

3.Les données collectées sont-elles des données personnelles ?
Dans de nombreux cas, oui.
Dès lors qu’une information peut être reliée directement ou indirectement à une personne physique, elle constitue une donnée personnelle au sens du RGPD.
Par exemple, lorsqu’un pixel de suivi permet de savoir qu’une adresse électronique précise a ouvert un message à une date donnée, il s’agit d’un traitement de données personnelles.

4.Que dit la CNIL ?
Dans sa recommandation du 14 avril 2026, la CNIL rappelle que les pixels de suivi sont des dispositifs de traçage dont l’utilisation doit être justifiée par une finalité déterminée et légitime.
La CNIL souligne notamment que :
- les destinataires doivent être informés de manière claire ;
- la collecte doit être limitée à ce qui est nécessaire ;
- certains usages nécessitent le recueil préalable du consentement ;
- les organismes doivent être en mesure de démontrer la conformité de leurs pratiques.
L’analyse doit être réalisée au cas par cas selon les objectifs poursuivis.

5.Le consentement est-il toujours nécessaire ?
Non.
La nécessité du consentement dépend principalement de la finalité du dispositif.
Par exemple, lorsque le pixel est utilisé pour analyser les performances d’une campagne, mesurer l’engagement des destinataires ou personnaliser les communications, le consentement est généralement requis.
À l’inverse, certains usages strictement techniques peuvent bénéficier d’une exemption lorsqu’ils sont nécessaires au fonctionnement du service et ne poursuivent aucune finalité d’analyse comportementale.
En cas de doute, il est recommandé de consulter le DPD avant la mise en œuvre du dispositif.

6.Quels sont les risques pour une collectivité ?
L’utilisation d’un pixel de suivi peut présenter plusieurs risques :
- suivi individuel des administrés ou des agents ;
- collecte excessive de données ;
- manque de transparence ;
- conservation trop longue des informations ;
- transferts de données vers des prestataires situés hors de l’Union européenne ;
- non-conformité au RGPD ou à la loi Informatique et Libertés.
Ces risques doivent être évalués avant l’activation de la fonctionnalité.

7.Quelles questions faut-il se poser avant d’activer un pixel de suivi ?
Avant toute utilisation, il est utile de s’interroger :
- Pourquoi avons-nous besoin de cette information ?
- Une statistique globale serait-elle suffisante ?
- Avons-nous réellement besoin d’identifier les personnes ayant ouvert le courriel ?
- Les destinataires sont-ils correctement informés ?
- Les données collectées sont-elles limitées au strict nécessaire ?
- Combien de temps ces informations seront-elles conservées ?
Dans de nombreuses situations, des indicateurs agrégés permettent d’atteindre l’objectif recherché sans mettre en place un suivi individualisé.

8.Quelles bonnes pratiques adopter?
Les responsables communication sont invités à :
✔ Vérifier si le pixel de suivi est activé par défaut dans l’outil utilisé ;
✔ Définir précisément l’objectif poursuivi ;
✔ Privilégier les statistiques agrégées ou anonymisées lorsque cela est possible ;
✔ Limiter les données collectées ;
✔ Encadrer les durées de conservation ;
✔ Vérifier les garanties offertes par le prestataire ;
✔ Mettre à jour les mentions d’information lorsque cela est nécessaire ;
✔ Permettre aux destinataires à chaque courriel envoyé de refuser les pixels de suivi en bas de page.
✔ Associer le DPD aux réflexions relatives aux nouveaux dispositifs de communication.

9.Quel rôle pour le DPD ?
Le délégué à la protection des données peut accompagner les services communication pour :
- analyser la nécessité du dispositif ;
- déterminer la base juridique applicable ;
- vérifier les obligations d’information ;
- évaluer les risques ;
- proposer des mesures de réduction des risques ;
- s’assurer que les principes du RGPD sont respectés.
Son intervention en amont permet souvent d’éviter des difficultés de conformité ultérieures.

10.A retenir
Les pixels de suivi constituent des outils utiles pour mesurer l’efficacité d’une communication numérique. Toutefois, leur utilisation ne doit pas être automatique.
Pour les collectivités territoriales, la priorité doit rester le respect des principes de nécessité, de proportionnalité et de transparence. Avant d’activer une fonctionnalité de suivi, il convient de s’assurer qu’elle répond à un besoin réel et que des solutions moins intrusives ne permettent pas d’atteindre le même objectif.
Mesurer l’audience d’une communication est légitime ; suivre individuellement le comportement des destinataires doit, en revanche, demeurer exceptionnel et strictement encadré.
Pour aller plus loin :
Recommandation de la CNIL du 14 avril 2026 : Pixels de suivi dans les courriers électroniques : la CNIL publie ses recommandations pour mieux protéger la vie privée
Article de la CNIL du 14 avril 2026 : Pixels de suivi dans les courriers électroniques : vous devez être mieux informés
Article de la CNIL du 29 avril 2026 : Questions-réponses sur les lignes directrices modificatives et la recommandation « cookies et autres traceurs » de la CNIL | CNIL

